O. De Schutter: « La faim est une question plus politique que technique »

Olivier De Schutter, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation.

La lutte contre la faim dans le monde doit passer par l’aide aux petits agriculteurs, par une répartition plus équitable des revenus, par un meilleur respect des écosystèmes et par une consommation plus durable, explique à la RTBF Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation.

Le Belge Olivier De Schutter, juriste et professeur à l’UCL, termine un mandat de 6 ans comme rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Le Suisse Jean Ziegler l’avait précédé à ce poste. Olivier De Schutter vient de publier son rapport final sur la faim dans le monde. Interrogé par Bertrand Henne, il explique: « Il y a 50 ans, nous posions la question de savoir comment augmenter la production pour répondre à une croissance démographique galopante (2,5% d’augmentation de la population annuelle au milieu des années 1960). Et on n’a pas répondu à toutes les questions qui aujourd’hui sont les plus pertinentes : comment le faire en respectant les écosystèmes, en limitant l’empreinte écologique ? Comment le faire en ayant une répartition équitable des revenus ? Comment le faire de manière à ce que les petits agriculteurs des pays en voie de développement puissent bénéficier d’un investissement nécessaire au développement rural ? »

1,2 milliard de personnes ont faim

Olivier De Schutter ne peut faire qu’un « constat d’échec » : le nombre de personnes affamées est resté plus ou moins stable alors que la population mondiale a doublé en 50 ans : « On n’a pas investi de la bonne manière, afin de réduire la pauvreté rurale. La FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) estime que 842 millions de personnes ont faim, je situe ce chiffre plutôt autour de 1,2 milliard de personnes. C’est en tout cas un échec massif« .

« On produit l’équivalent de 4800 kcal par jour et par personne, soit deux fois plus qu’il n’en faut pour nourrir la planète. Le vrai problème, c’est que des acteurs puissants font obstacle à des changements véritables. Il faut le reconnaître : la faim est une question beaucoup plus politique que technique. Techniquement, nous avons les solutions. Nous avons un diagnostic partagé et il faut maintenant vraiment agir et ne plus se contenter de beaux discours comme cela a été le cas depuis des années » poursuit Olivier De Schutter.

« Les gouvernements ont perdu le contrôle« 

Le rapporteur spécial constate que « les négociations commerciales sont très largement conduites par les gouvernements en fonction des intérêts de leurs grandes entreprises, des multinationales dont ils défendent la capacité à continuer à exporter« . Au contraire, « on n’a pas permis aux petits producteurs de fournir le marché qui est à 30 km de chez lui. On a un système très déséquilibré en faveur des plus gros acteurs et des chaînes mondiales d’approvisionnement. Mais les gouvernements ont largement perdu le contrôle de cette évolution » regrette-t-il.

A.L. avec B. Henne

Lire le rapport final d’Olivier De Schutter sur le droit à l’alimentation

 

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